2010
Bicentenaire
Fryderyk Chopin (1810-1849)
Robert Schumann (1810-1856)
Cette série de six programmes illustre des aspects essentiels et très divers de l’œuvre des deux compositeurs. Elle tente également une sorte de réconciliation posthume entre deux frères de génie : tandis que Schumann adorait l’art de Chopin (à une exception près, et de taille : la sonate en si bémol mineur !), celui-ci n’a jamais manifesté qu’indifférence et mépris à l’encontre des œuvres de Schumann.
La place importante réservée au piano solo se justifie par les choix des compositeurs eux-mêmes : en ce qui concerne Chopin, la question ne se pose pas ; quant à Schumann, durant ses dix premières années créatrices (de 1830 à 1839), il pose d’emblée toutes les bases de son langage et publie exclusivement de la musique pour piano, à la manière d’un journal intime.
Certaines pièces de musique de chambre, comme la sonate pour violoncelle et piano de Chopin, ou encore la troisième sonate pour violon, le troisième trio et les Phantasiestücke opus 88 de Schumann, sont bien trop rarement jouées et méritent que l’on s’y intéresse de plus près.
Mardi 13 avril 20h15
Concert I
Miniatures (1h10)
Michel Gaechter, piano (Boisselot 1843)
Le présent programme propose une mise en parallèle de deux œuvres parmi les plus audacieuses de la littérature
pianistique. Chacune de ces partitions, d'une durée de 35 minutes, constitue un ensemble de pièces brèves et contrastées.
Schumann y donne libre court à son inspiration romantique et imprévisible, digne des contes d'Hoffmann, quant à
Chopin, sous des dehors plus ordonnés (plus "classiques"), il y fait preuve d'une originalité sans précédent dans toute
l'histoire de la musique. Je souhaite de tout cœur que ce concert réalise une sorte de réconciliation posthume...
Michel Gaechter
Schumann
Davidsbündlertänze (Danses des compagnons de David) opus 6 (version originale de 1837)
Chopin
24 Préludes opus 28 (achevés début 1839)
Mardi 11 mai 20h15
Concert II
Audace et grand souffle (1h15)
Michel Gaechter, piano (Boisselot 1843)
Chopin et Schumann : deux "frères de génie", et pourtant si dissemblables ! Chopin, polonais de naissance, est attiré par la France et l'opéra italien ; il fréquente les salons et le "beau monde" parisien. Schumann, lui, est allemand, de tradition protestante, de caractère instable, et totalement réfractaire à l'esprit latin. Cependant, musicien ouvert et intuitif, il reconnaît immédiatement la profonde originalité de Chopin, et manifeste son admiration dans des articles désormais célèbres. Cette admiration ne sera récompensée en retour que par le mépris : jamais Chopin ne s'intéressera à la musique de son grand contemporain ; de culture et de goût classiques, il n'éprouvera que méfiance à l'égard du romantisme en général. Un point de convergence tout de même : l'amour immodéré pour la musique de Bach. D'où la qualité de leur écriture, irriguée chez tous deux par une pensée contrapunctique, avec le choral en toile de fond chez l'allemand, un incroyable raffinement harmonique (qui n'empêche pas la force !) chez le polonais.
Au centre de ce programme, les Nachtstücke: visions fantastiques et obsédantes, où la part d'ombre prend le pas sur la lumière (une belle et chaude lumière cependant). L'œuvre, souvent dédaignée par les virtuoses, se cantonne essentiellement dans les basses et le médium de l'instrument, ce qui lui donne une sonorité assez peu brillante avec, pour l'interprète, la difficulté de prendre son envol. Mais le parcours harmonique et la vie rythmique de ces pages nous emmènent irrésistiblement de la première à la dernière note.
Encadrant ces pièces, deux témoignages particulièrement convaincants de ce que l'on appelle la "grande forme". Si la plupart du temps on concède à Schumann et à Chopin leurs importantes réussites dans le domaine des "petites formes" (ou "miniatures"), on a parfois tendance à douter de leur capacité à tenir un discours de longue haleine. Pourtant, peu de musiques atteignent le niveau d'excellence de la Fantaisie opus 17 et de la Sonate opus 35. Franz Liszt, dédicataire de la Fantaisie, écrit à Schumann: "... La Fantaisie qui m'est dédiée est une œuvre de l'ordre le plus élevé - Je suis en vérité fier de l'honneur que vous me faites en m'adressant une si grandiose composition...". Avec sa Sonate en si bémol mineur, Chopin fait preuve d'un sens infaillible de l'équilibre et de la concision. Mais ses audaces sont telles, que même un admirateur comme Schumann reste perplexe devant cette partition: "… Un certain génie impitoyable nous souffle au visage, terrasse de son poing pesant quiconque voudrait se cabrer contre lui et fait que nous écoutons jusqu’au bout, comme fascinés et sans gronder… mais aussi sans louer : car ce n’est pas là de la musique..."
Michel Gaechter
Schumann
Fantaisie opus 17, en do majeur (1836-38)
Nachtstücke (Pièces nocturnes) opus 23 (1839)
Chopin
Sonate opus 35, en si bémol mineur (1839)
Mardi 15 juin 20h15
Concert III
Plénitude et au-delà... (65’)
Michel Gaechter, piano (Boisselot 1843)
... œuvres de haute maturité, œuvres ultimes. Pages riches et somptueuses, parfois nimbées d'une aura mystique, telles les parties centrales du premier des deux Nocturnes et de la Polonaise-Fantaisie de Chopin, ou encore les Chants de l’aube de Schumann, aux harmonies tournoyantes...
Chopin
Prélude opus 45 (1841) et Polonaise opus 44 (1840-41)
2 Nocturnes opus 48 (1841)
Polonaise-Fantaisie opus 61 (1845-46)
Schumann
Fantasiestücke (Pièces de fantaisie) opus 111 (1851)
Gesänge der Frühe (Chants de l’Aube) opus 133 (1853)
Mardi 14 septembre 20h15
Concert IV
Un trésor oublié (1h15)
Michel Gaechter, piano (Boisselot 1843)
Fanny Paccoud, violon et alto
Schumann
Deuxième Sonate pour violon et piano, opus 121 en ré mineur (1851)
Märchenbilder (Images de contes de fées) pour alto et piano, opus 113 (1851)
Troisième Sonate pour violon et piano, opus posthume en la mineur (1853, redécouverte et publiée en 1956 !)
Mardi 26 octobre 20h15
Concert V
Perles rares (1h15)
Michel Gaechter, piano (Boisselot 1843)
Fanny Paccoud, violon
François Michel, violoncelle
Schumann
Phantasiestücke (Pièces de fantaisie) pour piano, violon et violoncelle, opus 88 (1842 et 1849)
Chopin
Sonate pour violoncelle et piano, opus 65 en sol mineur (1845-47)
Schumann
Troisième Trio pour piano, violon et violoncelle, opus 110 en sol mineur (1851)
Mardi 16 novembre 20h15
Concert VI
... et pour finir: la fête ! (1h)
Michel Gaechter, piano
Marie-Madeleine Koebelé, soprano
Quatuor Barbaroque
Gilles Raymond, tympanon
Alain Territo, bandonéon
Patrick Mathis, orgue de barbarie
Didier Capeille, contrebasse
Schumann
Liederkreis, opus 39 (sur des poèmes d'Eichendorff - 1840)
Chopin
Concerto en mi mineur, pour piano et orchestre, opus 11 (1830)
arrangement Didier Capeille